Lait infantile. Composition : 100% nichon.

« Ah tu allaites toujours ? Mais…tu as toujours du lait ? »

Cette question que l’on me pose très régulièrement me fait réaliser le pouvoir que peuvent avoir le marketing et les lobbies : bouleverser nos modes de pensée. En l’occurence, avoir fait du lait en poudre la norme en terme d’alimentation infantile.

Je précise de suite : vous n’êtes pas en train de lire le billet d’une pro-allaitement acharnée. Je trouve ça parfait que le lait artificiel existe, pour les femmes qui ne veulent pas allaiter, pour celles qui ne peuvent pas, pour celles qui arrêtent pour une raison ou pour une autre. Je suis plusieurs personnes pro-allaitement sur les réseaux sociaux pour avoir des astuces, et j’y trouve souvent un discours assez tranché, basé sur « c’est le plus naturel ». Oui, c’est vrai, la nature a fait les femmes de sorte qu’elles puissent nourir leur enfant. Mais la nature n’a pas prévu la société actuelle, en particulier le fait que les femmes devraient travailler et ne pas rester H24 avec leur enfant dans les premiers mois de sa vie. La nature n’a pas prévu que pour être considérée à la même hauteur que l’homme, la femme devrait se démener et mettre de côté ses différences avec l’autre sexe. Bref, la nature a tout bon techniquement, mais pour la partie sociale, on repassera.

Malgré tout, je crois que le lait artificiel devrait rester une solution, un choix. Pas « la bonne chose à faire ». C’est pourtant comme ça qu’il est perçu, en France en tout cas, et je me dis qu’on a vraiment un soucis.
Je ne blâme pas les gens : avant d’être enceinte, je ne savais même pas que je voudrais allaiter, et j’aurais très certainement sorti les mêmes questions qu’on me pose aujourd’hui. J’aurais peut-être même jugé une femme qui allaite toujours son enfant de 10 mois. Plus, n’en parlons même pas. J’aurais peut-être même trouvé ça malsain parce que quand même, les seins, c’est un truc sexuel à la base.

J’aurais oublié la base justement : les seins sont d’abord là pour nourrir un bébé.

Tout ce que je défends aujourd’hui par rapport à l’allaitement, je ne fais à force de renseignements, à force de chercher, de vouloir comprendre. Une fois enceinte, je me suis dit que je voudrais allaiter les 3 premiers mois, ce qui était à mes yeux la norme. Plus que la norme, je croyais que c’était le temps pendant lequel un bébé avait vraiment besoin de lait. Sans doute qu’ensuite il pouvait manger autre chose et pour moi, le marketing autour du lait en poudre au-delà de cet âge servait juste à en vendre plus longtemps. On vend bien du lait à des adultes après tout.
Mais voilà, je me suis plongée dans l’univers de l’allaitement, et je me suis rendue compte d’à quel point j’étais loin du compte. Non seulement le lait est indispensable pour l’alimentation du bébé bien après 3 mois, mais en plus le sevrage naturel d’un bébé allaité se situe entre 2 ans et demi et 7 ans.

2 ans et demi et 7 ans. Voilà ce que la nature a prévu, physiologiquement.

J’ai aussi appris, du coup, que tant qu’un sein est stimulé par de la succion, il produit du lait. Que ce lait d’adapte au besoin lié à l’âge et à la santé du bébé, et qu’il est impossible du coup qu’un lait artificiel, qui ne varie pas, soit un jour aussi adapté au bébé que le lait de sa mère.
Je me suis dit « Waaaaaaw c’est fou comme la nature est bien faite! Mais alors du coup…pourquoi est-ce qu’on allaite si peu? ».

Marketing bitches.

À force de publicité, à force de lobbying auprès des médecins, des maternités, des pharmacies, la norme n’est plus ce que la nature a prévu, mais sa version artificielle.
Et ça ne s’arrête pas à une question de consommation, mais aussi de jugement : on s’étonne, on s’interroge en levant le sourcil, on juge la femme qui n’écourte pas l’allaitement de son bébé.
Faisons une analogie avec l’eau : l’homme a besoin de boire pour s’hydrater et survivre, et sa meilleure source pour ça est l’eau. Il y a aussi de nombreuses autres possibilités : les jus de fruits, les sodas, les infusions, le café, les boissons alcoolisées. On en consomme et tout le monde trouve ça normal : ce sont différentes alternatives pour s’hydrater.
Et si d’un coup, on se mettait à dire « Ah tu bois de l’eau toi ? Mais…tu trouves pas ça trop fade ? ». Surréaliste non ? Pourtant, c’est ce qu’on fait avec l’allaitement. Et finalement, allaiter est devenu plus une conviction pour laquelle il faut se battre qu’un choix

Tout ça pour dire quoi ? Sans doute qu’il faudrait qu’on voit le marketing  comme ce qu’il doit être : un moyen de faire connaître et vendre un produit. Je dis ça en tant que professionnelle de la communication qui aime son métier : vendre à la bonne cible, c’est très bien. Vouloir vendre à tout le monde, au point de générer des points de vue aussi sévères que ceux sur l’allaitement non écourté, ça pue. C’est pourtant ce qu’il se passe. On a réussi à nous mettre dans le crâne que nourrir au biberon était mieux. Qu’un bébé de 3-6 mois était déjà trop vieux pour être au sein de sa mère. Qu’une femme qui allaite doit dévoiler ses tétons et que c’est indécent. Qu’une femme qui allaite n’aura plus les mêmes seins sexualisés qu’avant et que c’est moche de se gâcher ainsi. Que si elle laisse son bébé se sevrer naturellement, il sera sans doute dégénéré, trop accro à sa mère, voire sexuellement attiré par elle (parce que bien entendu, les seins, « c’est d’abord sexuel »). On trouve ça dérangeant. Gênant. Étrange. Hippie. Pour peu qu’en plus la nana soit végétarienne et écolo, on a tiré le gros lot.

Pourtant, je continue de répondre avec patience à ces questionnements, parce que je ne crois pas qu’on change les gens par l’agressivité. Je réponds que oui, je l’allaite toujours, et que oui, j’ai toujours du lait, parce que c’est fait pour ça. J’explique que désormais, mon fils ne tète plus que matin et soir donc que ce n’est plus si contraignant qu’au début. J’explique que oui, je suis passée au lait artificiel la journée pendant 2 mois  tant qu’il n’était pas diversifié parce que je n’arrivais plus à tirer mon lait suffisamment pour la crèche, mais que ça m’a coûté dans mon coeur de Maman et que puisque je le pouvais, j’ai préféré revenir à du 100% nichon. J’explique que c’est tellement pratique quand il est dans un mauvais jour, à hurler parce qu’il a mal dormi ou qu’il a mal aux dents, de pouvoir le mettre au sein parce qu’au delà de le nourri, ça l’apaise comme rien d’autre. J’explique que c’est tellement plus simple que de préparer un biberon et de le faire chauffer. J’explique que même si un jour j’ai oublié le goûter, ou qu’on rentre plus tard que prévu, j’ai toujours la possibilité de le faire patienter grâce à ça sans qu’il ait trop faim. J’explique que c’est gratuit. J’explique qu’en fait, je ne vois aucune raison valable d’arrêter en sachant tout ça. Même si ça signifie être celle qui se lève le matin.

Et j’essaye de faire  comprendre que tout ça, ce n’est qu’une affaire de marketing. Parce que les femmes n’ont pas attendu le lait en poudre pour nourrir leurs bébés.

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