Mon accouchement physiologique sans péridurale (et sans être Kate Middleton)

J’aimerais par ce billet apporter de l’espoir aux (futures) femmes enceintes et je l’espère quelques pistes de reflexion sur le mode d’accouchement d’aujourd’hui, parce que oui, il est possible d’accoucher naturellement, sans anesthésie ou analgésique, et sans être folle à lier. Par mon témoignage, je veux montrer qu’il n’y a pas besoin d’être une princesse britanique ou une hippie pour faire ce choix et ne pas le regretter une seconde. Le mot-clef : préparation.

Mais avant de parler plus en détail de comment je me suis préparée, je vais commencer par vous raconter la chose, et mon projet de naissance.

Pour démarrer, je n’ai jamais voulu la péridurale, tout simplement parce que l’idée de ne plus sentir totalement le bas de mon corps me terrifie. Oui, j’ai besoin de contrôle, ou au moins de contrôler ce que je ne contrôle pas (c’est une façon comme une autre de lâcher-prise…non? Bon en tout cas vous verrez que ça m’a pas mal réussi). Quand je suis tombée enceinte, j’étais donc déjà prête dans ma tête à devoir supporter la douleur liée à un accouchement. Mais si ça n’avait pas déjà été le cas, ce que j’ai appris sur l’accouchement physiologique par la suite m’aurait sans doute convaincue. Les arguments principaux ? Plus rapide (le corps sait faire si on lui en laisse la chance), plus facile pour le bébé (parce qu’on l’accompagne mieux en ayant toutes ses sensations), et plus facile de s’en remettre (Kate aurait sans doute eu plus de mal à tenir debout sur le perron quelques heures après une péri).

Je m’étais alors renseignée sur ce mode d’accouchement et sur ce que proposaient les maternités autour de chez moi. À Bordeaux, nous avons la grande chance d’avoir dans une des cliniques de la métropole une maison de naissance, la Maison Arc-en-Ciel. Il s’agit d’un espace aménagé au sein de la maternité pour accueillir les couples qui souhaitent accoucher naturellement, dans la position qu’on souhaite, sans intervention, dans un cadre chaleureux et peu médicalisé, avec seulement une sage-femme libérale. On peut même venir faire ça en famille si on le souhaite, comme à la maison en somme, mais avec la sécurité d’être au sein même de la maternité et de pouvoir être très rapidement transféré si finalement il est nécessaire de faire intervenir l’obstétricien. J’ai choisi d’accoucher là-bas, en accord avec mon compagnon, parce que j’aimais beaucoup l’idée qu’ils fassent suffisament confiance à la future mère et à sa capacité à mettre au monde un enfant sans aide médicale, là où j’ai la sensation dans un cadre d’accouchement « classique » qu’on fait accoucher la femme, comme si ce n’était pas un acte naturel et profondément ancré en nous.
Pour terminer sur ce choix, je précise tout de même que je n’aurais pas pu y accoucher si j’avais eu une grossesse à risque (jumeaux, obésité, diabète gestationnel, bébé en siège etc etc.). Cependant, la péridurale n’est jamais obligatoire et finalement, c’est encore une fois la préparation et l’accompagnement qui sont les plus importants et non le lieux : même si ce type de maison de naissance n’existe pas près de chez vous ou que vous avez une grossesse à risque, rien ne vous empêche de souhaite accoucher le plus naturellement possible (bon, sauf en cas de césarienne, je vous conseille tout de même une légère anesthésie dans ce cadre…).

Mon accouchement en lui-même s’est mieux passé que je n’aurais jamais pu l’imaginer : J’ai commencé à avoir des contractions régulières à 18h30, toutes les 8/10min (avec quelques autres réparties sur toute la journée mais absolument pas dans un timing calé). Après 2h comme ça, on a commencé à finir les sacs pour la maternité, sentant bien que ça risquait d’être le bon moment. Un peu avant 1h du matin, les contractions sont passées à toutes les 5min, plus intenses, et j’ai rendu mon dîner : les sages-femmes m’avaient dit d’appeler après 2h de contractions à ce rythme, ou quand je n’avais plus de doute sur le fait que c’était le moment. J’ai senti que c’était le moment, d’autant plus que les vomissements sont généralement signe d’un col déjà bien ouvert. Nous sommes arrivés à la maternité vers 2h du matin, en même temps que la sage-femme de garde cette nuit là, que j’ai accueillie avec un beau vomi dans le buisson. C’était le début de ma perte de dignité, mais hey ! quand on accouche on est pas là pour le glam (même Kate devait être dégueulasse sur le moment). On s’est installé dans la salle de naissance, la sage-femme m’a examinée pendant un monitoring, et j’étais déjà ouverte à au moins 7. Finalement, heureusement que je ne voulais pas de péri, il aurait été trop tard ! À chaque contraction, je me concentrais sur ma respiration comme je l’avais appris lors des cours de préparation, et je profitais pleinement des moments de répis qui étaient si délicieux. Ces minutes d’apaisement, je les ai vécu comme quand on enlève enfin ces escarpins neufs qui nous ont scié les pieds pendant des heures : c’est tellement jouissif qu’on aurait presque envie de les remettre juste pour cette sensation de soulagement.
Ma poche des eaux étant toujours intacte, j’ai pu prendre un bain dans la grande baignoire de la salle de naissance, avec la musique que j’avais choisi, et mon chéri qui m’aidait à supporter la douleur, soit en me massant le dos, soit en me pretant son bras pour poser ma tête. Ce bain n’a pas atténué mes douleurs mais m’a permis de mieux me détendre entre deux. Dans ces moments, j’étais à la limite de l’endormissement (sauf quand un petit vomi arrivait). Quand on les laisse faire, les endorphines sont fabuleuses ! Un peu après 4h du matin, j’ai senti l’urgence d’aller aux toilettes : oui, j’avais la même crainte que toute meuf de base : lâcher une crotte sous le regard de mon amoureux. Comme j’ai senti que cette pensée m’empêchait de me relaxer totalement, je préfèrais aller évacuer l’éventuelle invitée surprise. Juste avant que j’y aille, la sage-femme m’annonce que tout se passe très bien d’après ses examens, qu’on allait attendre encore une bonne heure puis qu’il serait temps de rompre la poche des eaux. Alors forcément, quand j’ai compris, le cul vissé sur la cuvette, que ce qui me gènait était en fait la-dite poche qui était sur le point de péter, j’ai poussé un petit cri de surprise. J’ai eu la sensation qu’un ballon de baudruche plein d’eau venait d’exploser entre mes jambes, et j’ai remercié la vie de ne pas m’avoir fait ça en public.
Je suis retournée m’allonger sur le lit rond de la salle pour être examinée : le bébé qui jusque là était certe bien positionné mais toujours haut était descendu et dans les starting-blocks. J’ai immédiatement eu besoin de pousser et alors que j’étais très silencieuse pendant les contractions, j’ai poussé mon 1er cri. Pas de la douleur non, quelque chose de plus primitif, instinctif, animal. Comme si de crier pendant que je poussais me donnait encore plus d’énergie pour tenir. En anglais, ils parlent de « roaring the baby out », et je l’ai en effet ressenti comme un rugissement. Je ne laissais plus rien d’autre que mon cerveau reptilien me contrôler, et une semaine après, je peux affirmer que ce moment, jusqu’à la sortie de mon fils, a été mon meilleur souvenir. Parce qu’à ce moment là, j’ai compris que oui, bien sûr, notre corps sait faire, notre bébé sait faire, la nature sait faire, depuis bien avant que l’Homme soit Homme, et tout le contrôle et la reflexion qui régissent notre quotidien n’existaient plus à ce moment là. Il n’y avait que mon bébé qui se frayait un chemin, mon corps qui l’aidait, mon chéri à qui je broyais la main en criant de toutes mes forces, et la sage-femme qui me guidait. Je n’avais plus trop de notion du temps, mais je pense que 20min après la rupture de la poche des eaux, je tenais mon fils dans mes bras. Je n’ai pas eu de déchirure, juste 2/3 éraillures, et j’avais encore de l’énergie à revendre. Nous étions arrivés à la maternité depuis moins de 3h, et d’après les dires de la sage-femme, rares sont les 1ers accouchements qui se passent aussi bien et aussi rapidement.
La chance me direz-vous ? Peut-être que c’est l’un des facteurs dans la mesure où je n’ai pas eu de soucis de santé m’empêchant d’accoucher de cette façon, mais pour le reste, je reviens sur le mot-clef : préparation. Et si pour moi c’est ce qui m’a permis d’avoir un si bel accouchement physiologique, pas trop fatiguant et si rapide, je pense que même si vous envisagez un accouchement avec péridurale, ça ne peut en rien vous faire du mal de bien vous préparer.

Commençons par la préparation physique que j’ai suivi :
– Dès le 2ème mois de grossesse, j’ai suivi des cours de yoga prénatal selon la méthode du Dr Bernadette De Gasquet, axée sur la préparation du périnée et donnant plein de clefs pour soulager les maux de grossesse. J’ai fait 12 séances en tout au long de ma grossesse et j’ai pratiqué chez moi les semaines où je n’y allais pas. Il existe aussi une version pilates de cette préparation si vous préférez.
– Sur le dernier mois, je me suis fait des massages quotidiens du périnée avec de l’huile d’amande douce (toute autre huile végétale fonctionne très bien aussi).
– J’ai fais des séances de shiatsu pour femme enceinte d’abord toutes les 3 semaines puis tous les 15 jours sur le 3ème trimestre. Certes, mon compagnon étant le praticien, je vous l’accorde, c’était facile pour moi. Mais je ne peux que vous conseiller d’aller faire quelques séances pour rééquilibrer votre corps au long de votre grossesse, et ne pas arriver déjà épuisée le jour J.
– Les 4 jours avant la naissance, il m’a aussi fait de l’acupuncture sur les points travaillant sur l’ouverture du col. Là aussi, avoir le piqueur à domicile, c’est certain que ça aide, mais quand je vois la rapidité à laquelle mon col s’est ouvert…je ne peux que vous le suggérer fortement.
– Enfin, dans la semaine qui a suivi l’accouchement, j’ai bu quotidiennement des infusions de feuilles de framboisier, qui aident le travail à être efficace le moment venu.

La préparation psychologique fut tout aussi importante, et je vous livre les meilleurs conseils que j’ai reçu lors de mes cours de prépa :
– Lorsque le travail est au plus fort, il y a des contractions toutes les 3, 4 ou 5min, qui durent environ 1min, avec 30sec de phase douloureuse. Même s’il y en a beaucoup, il y a toujours plus de temps sans douleur qu’avec par heure ! Et c’est là-dessus qu’il faut resté concentré, en profitant pleinement de ce temps de pause pour se relaxer au maximum, en profitant de l’instant présent, en laissant les endorphines jouer leur rôle, sans être dans l’appréhension de la prochaine douleur. C’est souvent cette crainte de la contraction qui arrive qui empêche bien des femmes de se reposer et qui les fait s’épuiser. En gros, il faut se focaliser sur le positif avant tout.
Respirer avec l’abdomen pendant les contractions, en commençant par vider ses poumons intégralement et en laissant juste le ventre se regonfler seul pour inspirer, sans forcer. En plus d’êtr un type de respiration idéal pour oxygéner les muscles, se concentrer dessus aide à penser à autre chose que la douleur.
– Avoir un compagnon d’accouchement (le partenaire généralement, mais si besoin quelqu’un d’autre) de très aidant et présent, actif pour aider à supporter la douleur et l’attente. On oublie donc le papa qui passe le temps en jouant sur son portable : mentalement, se sentir vivre pleinement cet événement à deux aide vraiment à tenir le coup !
Verbaliser ses besoins. Le partenaire ne ressent pas la douleur et sans guidage, il ne peut pas bien faire, d’autant plus que d’une contraction à l’autre, on n’a pas forcément besoin des mêmes choses. Pour ma part, j’étais assez directive : appuie là, plus haut, plus bas, maintenant, n’appuie pas, stop… Mieux vaut prévenir je pense que vous pouvez sembler assez sèche, mais en réalité, quand la contraction est là, on a pas vraiment la foi ou même l’énergie  de faire des phrases très élaborées ou de la politesse. Par contre, une fois la contraction passée, on peut remercier !
Se faire confiance et faire confiance à son bébé. Encore une fois, les femmes n’ont pas attendu la médecine pour accoucher, et la nature nous a conçues pour ça. Même si on n’a jamais accouché, en mettant de côté sa reflexion et toute intellectualisation, je vous garantie qu’on se rend vite compte que c’est inné. Le lâcher-prise est super important et atteignable, et croyez-moi c’est quelque chose que j’ai beaucoup de mal à faire dans le reste de la vie.
Ne pas avoir d’appréhension. Je sais, plus facile à dire qu’à faire. J’ai eu la chance de ne jamais avoir eu peur de l’accouchement : je savais que j’avais fait ce choix d’accoucher sans péridurale, que j’aurais mal, que peut-être à un moment donné je n’en pourrais plus, mais je savais aussi pourquoi j’aurais à vivre tout ça. Ça serait un mauvais moment à passer pour le plus bel aboutissement qu’il soit, et en réalité j’étais très excitée quand j’ai compris que le travail avait bien commencé et que j’allais rencontrer mon bébé. La fin justifie grandement les moyens !

Pour terminer, je tiens à redire que l’accompagnement global de la grossesse (et de la vie de femme) par des sages-femes libérales existe. J’ai été suivi par celles de la Maison Arc-en-ciel tout au long de ma grossesse, et leur discours très rassurant, non sur-médicalisé, et très positif ont été d’une grande aide également pour me préparer mentalement à accoucher. Si je n’avais pas peur, c’est aussi parce qu’elles m’ont toujours parlé de la grossesse et de l’accouchement comme de la chose la plus naturelle du monde, et fait prendre conscience que des femmes accouchent à chaque minute.

On dit souvent qu’on oublie vite la douleur de l’accouchement. Pour ma part, je l’ai toujours bien en tête, ainsi que la fierté d’avoir su l’accepter aussi bien. Autant je n’ai pas aimé  la grossesse, autant accoucher en restera le meilleur souvenir.

4 réflexions sur “Mon accouchement physiologique sans péridurale (et sans être Kate Middleton)

  1. Lalutotale dit :

    Quel bel article !
    Tu as vécu l’accouchement dont j’ai toujours rêvé, au final. Pour LaLutine, ça ne s’est pas du tout passé comme prévu ( et c’est souvent le cas avec les bébés macrosomes qui naissent une semaine après la DPA ), et tout mon travail a fini par une dilatation complète…mais une césarienne en urgence. Avec des suites de couche assez terribles physiquement et psychologiquements. Pour moi, les suites de couche ont été bien plus pénibles et douloureuses que la phase de travail, sans compter que la surmédicalisation n’aide pas du tout à se détendre.
    Pour le second enfant, j’aimerais un accouchement le + naturel possible. J’aimerais me faire entendre. J’aimerais aller au bout de ce rêve que tu nous décris si bien.

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    • Junkanmood dit :

      Je pense qu’en effet, se faire entendre est un point essentiel. Je ne sais pas si c’était le cas pour ta première, mais je te conseille vivement le suivi global par sage-femme. L’approche est souvent très différente de celles de gynéco/obstétricien (qui, je suis désolée, mais sont des docteurs donc censés intervenir en cas de pathologie – la grossesse et la naissance, c’est d’abord le job des sages-femmes si rien n’est pathologique…). Même s’il peut toujours y avoir un imprévu, au moins ton projet de naissance est connu et une sage-femme sera à même de le défendre et il n’y aura pas de médicalisation à outrance.
      Je te souhaite pour un futur enfant d’avoir un suivi et un final aussi chouette que les miens ! 🙂

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  2. duna dit :

    Je partais pour faire sans péri pour ma 2e. (Pas le choix pour la première: grossesse à haut risque accouchement un peu dramatique 😀 ) J’ai été super accompagnée dans mon choix pourtant en hôpital et provoquée (mais avec le truc le plus léger) car en retard. Mais bébé mal mis donc douleur en continu… 2h pendant lesquelles plus rien ne bouge parce qu’elle avait la bonne idée de sortir oreille en premier et dos contre mon dos. péri légère et ça a tout débloqué 😀 Elle s’est bien mise, sortie dans sa poche, sans pousser. 1h après j’étais debout mais j’ai l’espoir que pour le ou la suivante je puisse m’en passer.

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  3. Bonifait Célia dit :

    En effet je trouve que tu as de la chance d’avoir eu l’accouchement que tu as eu.
    Pour ma part premier bébé 38h de travail, dilatation à 10 pour au final avoir une césarienne car 3h après dilatation complète bébé s’engageait pas (malgré que le médecin m’avait dit qu’on fesait des bébés pour pouvoir les sortir !) Au final péri qui a plus fonctionner lors de la césarienne, ressenti la total douleur de la fermeture pour me faire une anesthésie générale… Suite de couches plutôt pas trop mal on va dire, mais très mauvais souvenir des professionnels que j’ai eu…
    Deuxième accouchement, déclancher car j’ai demandé, accouchement en même pas 10h de travail, par vois basse, et suite de couches très compliqué car bébé de 3,8kgs 5points et vessie qui a pas repris du service de suite 😓.
    Je te trouve chanceuse j’aurais rêvé d’avoir les même que toi 😉

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