Tout ce qu’on demande aux hommes pendant la grossesse

Nope, ceci n’est pas un titre ironique pour un article façon « les hommes, ces chanceux à qui on demande 3 fois rien et qui ne veulent même pas nous faire un petit massage ». Ces derniers jours, j’ai pris conscience du fait qu’en 2018, on demande beaucoup et de plus en plus aux hommes de s’impliquer dans nos grossesses, et je réalise que c’est sans doute bien moins évident que ça en a l’air pour eux.

Alors je dis tout ce qui va suivre de mon point de vue de meuf de base, je n’ai pas spécialement discuté de ça avec des futurs papas, j’ai plus eu des échos de mamans ou futures mamans que je vois peiner à demander de l’aide à leurs conjoints. Je vois aussi mon copain, les efforts qu’il fait (et qu’il fait à fond sans jamais se plaindre, ce mec est un héros, sachez-le), et j’entends surtout les sages-femmes et autres profs de yogapré-natal donner de nombreuses directives à l’encontre de ce partenaire qui n’est pas celui qui porte le bébé (je parle ici de partenaire parce qu’en soit dans un couple de femmes c’est je pense pareil, même si la préparation psychologique dont je parlerai plus loin est peut-être un peu différente).

Rentrons dans le vif du sujet : je trouve qu’à notre époque, on demande beaucoup de choses à l’homme dans une grossesse, et qu’on considère trop ça comme normal et acquis au nom de l’égalité, sans vraiment se poser la question de comment eux vivent les choses.
Que ce soit le personnel médical, les sites web et applis de grossesse, les amis, la famille, il y a un mantra qui revient tout au long de la grossesse : « demande à ton mec de t’aider », et ses variantes « ne fais pas ça, ce n’est pas bon pour ton corps, il faut que ton mec le fasse » et « c’est le rôle de ton mec de faire ci ou ça pour toi ». Et ces phrases sont valables aussi bien pour la tenue du foyer (ménage, vaisselle, courses, repas, litière…) que pour le bien-être de la future maman (la laisser se reposer, la masser, ménager ses humeurs parce que les hormones sont des connasses…).

Je ne sais pas si c’est toujours le cas en fonction de qui fait le suivi médical de la femme enceinte, mais pour ma part, j’ai fais le choix d’être accompagnée depuis le début par des sages-femmes. Nous apprécions, lui comme moi, cet accompagnement qui est rassurant, axé sur la proximité et sur le bien-être de la future mère, et, dans notre cas, sur le naturel puisque j’ai fait le choix d’un accouchement physiologique et de l’allaitement. Concrètement, qu’est-ce que ça implique pour mon copain :
– Depuis le début, il est au maximum présent aux RDV de suivi et cours de préparation à la naissance
– Depuis le début, il s’entend dire qu’il faut m’aider dans les tâches ménagères qui sont fatiguantes
– Depuis le début, il est prévenu qu’il va devoir être très actif lors de l’accouchement et qu’il va vivre le truc autant que moi, la douleur en moins. Mais en tout cas il ne pourra ni vraiment se reposer, ni faire autre chose que s’occuper de moi
– En bonus, depuis le début, et parce que son métier est de faire des massages thérapeutiques, il s’entend dire que ça serait pas mal de m’en faire profiter (ce qu’il aurait fait de toute façon spontanément, mais je pense qu’il y a tout de même une différence quand en plus une sage-femme lui reprécise)
– Récemment, lors des cours de préparation sur le retour à la maison et sur l’allaitement, il a également bien entendu que dans les 1ers temps suivant la naissance, je n’allais pas pouvoir reprendre ma part d’entretien du foyer immédiatement, et qu’il allait devoir continuer à gérer pour moi.

Autrement dit, depuis mon 3ème trimestre, c’est lui qui se tape le ménage (passer l’aspirateur étant franchement une torture physique pour moi), les courses, le port de n’importe quoi de lourd, le changement des litières des chats (ça depuis le début parce que c’eut été trop beau que je sois immunisée contre la toxo), le vidage des poubelles qui sont trop lourdes pour moi.
Il doit également depuis le début de ma grossesse me soutenir dans les moments difficiles – et j’en ai eu, n’appréciant pas vraiment cet état – me rassurer, prendre soin de moi, s’impliquer dans l’arrivée du bébé en aménageant la maison (ce qu’il fait en construisant des super meubles, dont la table à langer ci-dessous), en prenant avec moi les décisions sur l’équipement, me masser régulièrement parce que j’ai le dos en vrac depuis mon 4ème mois, et puis me voir changer physiquement et mentalement sans pouvoir critiquer.
Lors de l’accouchement, il va devoir être totalement focalisé sur moi et le bébé, quasiment au même titre que la sage-femme. Son rôle va être primordial pour me permettre d’accoucher sans intervention médicale ou anesthésie.
Ensuite, il devra continuer, au moins le 1er mois et jusqu’à ce que l’allaitement se régule et me permette de faire autre chose que dormir quand le bébé dormira, de gérer ma part d’entretien de la maison en plus de la sienne. Et tout ça, sans avoir lui de congé paternité avant l’arrivée de notre enfant. Tout ça en plus de son boulot, de ses journées déjà bien remplies, et du passage d’homme à père et des émotions que ça génère.

Répartition des tâches : je crochette des doudoux amigurumi, il fabrique des meubles. Chacun ses compétences !

Ces contraintes sont ce que vivent bien des hommes qui vont devenir pères aujourd’hui, du moins c’est ce que la société leur demande. On leur demande d’être aussi présents pour la mère  à eux seuls, que les femmes de la famille/du village l’étaient auparavant pour la future mère, à plusieurs, quand le rôle de l’homme était uniquement d’aller travailler pour subvenir aux besoins de son foyer.

Et là, j’ai l’air de les plaindre, je sais. Mais ce n’est pas le cas. Parce qu’en toute franchise, je trouve ça bien de vivre à une époque où c’est le partenaire qui a ce rôle de s’impliquer autant, parce que ça fait de la grossesse une véritable expérience de couple. Je trouve ça bien parce que la femme enceinte prend cher, physiquement, moralement, même si elle aime être enceinte, et qu’ainsi il n’y a pas qy’elle qui en bave (oui, c’est un peu mesquin, mais voilà). Pour l’égalité, je trouve ça parfait, parce que la femme n’est pas la seule du coup à voir son quotidien chamboulé, à devoir faire des efforts imposés par la nature, et à vivre cette période comme une transition de femme à mère.

En revanche, et c’est ce dont j’ai vraiment pris conscience récemment, je ne pense pas que les hommes d’aujourd’hui soient préparés à ça comme les femmes le sont, et c’est bien là que réside le problème. Je m’explique : quand on nait fille, dès qu’on est en âge de comprendre ce qu’est une grossesse, on pige vite que ça ne va pas être qu’une partie de plaisir. On voit bien les femmes enceintes en fin de parcours se déplacer avec peine, en avoir marre, prendre du poids, ne plus pouvoir faire tout ce qu’elles veulent et autres joyeusetés. On sait que ça peut très bien se passer niveau santé comme être une vraie plaie, mais on a vite conscience dans tous les cas que le jour où on va tomber enceinte, ça va être physiquement au minimum, un gros changement. Et parfois moralement aussi, mais ça, comme dire du mal de la grossesse c’est encore tabou, on s’y prépare moins. En tout cas, on garde ça dans un coin de notre tête et on s’y attend sans vraiment s’en rendre compte.

Mais les hommes eux, est-ce qu’on les prépare à leur rôle dès le début de la grossesse? Est-ce qu’on ne leur parle pas juste de la responsabilité d’avoir un enfant, de bien l’éduquer, de bien s’en occuper? On dirait bien que si. On dirait bien qu’on n’explique pas aux garçons, dès leur plus jeune âge, que quand une femme est enceinte, elle a un ou une partenaire qui a un rôle très important à jouer pendant cette période, qui devra gérer de nombreuses choses du quoditien à la place de sa compagne, en plus de son boulot, et en plus de sa propre préparation psychologique à devenir parent. Et que si sa nana décide d’allaiter, ça va continuer encore un moment. Et que ça ne sera pas simple.

Cette préparation fait à mon sens une grosse différence : la société d’aujourd’hui demande aux partenaires de faire beaucoup de choses sans qu’ils aient été éduqués dans ce sens. Et quand j’entends des camarades de yoga dire « je lui demande de me masser là, mais ça le gonfle » ou quand je vois mon copain rentrer d’une longue journée de boulot et faire face à la vaisselle que je n’ai pas eu le courage de faire, je me dis que oui, forcément, si on prévient pas, ça doit pas être très chouette de se rendre compte, devant le fait accompli, que partager la vie d’une femme enceinte ça demande autant d’efforts.

Peut-être devrions nous alors éduquer nos garçons dans ce sens. Quand le sujet de faire des enfants arrive, même très jeune, leur inculquer ces nouvelles valeurs demandées aux hommes, leur expliquer qu’une grossesse c’est quelque chose qui se vit à deux, et que si c’est la nature qui impose les choses difficiles à la femme, l’homme doit de son côté faire des efforts aussi, d’un autre registre. Leur expliquer que ce sont des périodes qui peuvent paraître complexes, mais avec un beau but, et pour quelque chose qui en vaut vraiment la peine. Que pour l’homme aussi, l’arrivée du bébé et le bonheur qu’il procure permet d’effacer les moments durs (du moins, j’espère! ). 

Peut-être que si nous leur expliquons tout ça, ils seront mieux préparés, et que l’égalité sera vraiment là : il ne s’agira pas seulement que chaque membre du couple fasse sa partie, mais aussi qu’il y soit prêt, sans être surpris par la difficulté de la période.

2 réflexions sur “Tout ce qu’on demande aux hommes pendant la grossesse

  1. redredwineee dit :

    J’ai commencé à lire ton article en me disant « mais elle les plaint en plus ! Et nous tout ce qu’on doit endurer. Non mais ! Girlpower quoi ! » 😀
    Quand finalement en lisant la fin j’ai compris ou tu voulais en venir et je pense que tu as raison.
    Je vois beaucoup d’hommes arriver au moment d’une grossesse ou d’un accouchement de leur femme comme si ils tombaient des nues. Ils ne savant pas, ne comprennent pas…
    Grâce à toi je penserais peut-être à préparer au mieux mon fils chéri 🙂

    J'aime

  2. Lalutotale dit :

    Très très bel article, que je trouve UTILE au possible !
    Je suis d’accord avec toi, je pense qu’il faut préparer les garçons quand ils sont jeunes que le fait de devenir papa implique aussi des efforts de leur côté. Ainsi, la tâche leur semblera peut-être moins gigantesque quand viendra le moment de la grossesse de leur dulcinée !

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s