Comment avoir l’impression d’être à deux doigts de passer l’arme à gauche, mais en fait non

Il y a une semaine, j’ai testé pour vous la mal-nommée colique néphrétique. Mal-nommée parce que ça n’a rien d’une colique (et si c’était le cas croyez-moi je n’aurais pas l’audace d’en parler ici, hashtag pudeur), si ce n’est une douleur assez similaire mais multipliée par 10.

Parlons clairement : j’ai cru que mes derniers instants étaient arrivés. J’ai eu une trouille monstre, j’ai passé l’une des pires journées de ma vie, mais au final, je préfère en rigoler, maintenant que c’est passé. Pour ceux qui en ont déjà fait l’expérience, vous allez sans doute vous remémorer des instants délicieux. Pour les autres, je vous conseille d’éviter, c’est chiant.

Le ressenti

Evidemment, on ne peut parler colique néphrétique sans parler ressenti et surtout douleur. Pour ma part, c’est arrivé assez brusquement, pendant mon seul et unique RDV clientèle de la semaine. Je suis devenue tellement pâle que ma cliente a préféré écourter l’entretien (et croyez-moi, j’ai pourtant un très haut niveau de pâleur de base). Douleur assez vive et continue sur le côté gauche du ventre, avec une belle irradiation dans le dos. Au départ juste un peu douloureux, comme un gaz coincé. Au bout de 30min, quand ma cliente était partie et que je me suis donc autorisée à accepter mon mal-être, j’avais la vive sensation qu’un organe s’était engueulé avec le reste et avait décidé de se séparer. En 20sec, je suis passée de « Bon, je vais aller chez le médecin… Enfin non aux urgences… Bon quelqu’un pour m’amener aux urgences? ». Et me voilà dans la voiture à faire le petit chien façon femme enceinte sur le point de se délivrer. En attendant, je remercie les heures de pratique de méditation et d’exercices de respiration, c’est que ça aide pas mal ces conneries !

Et puis, pendant que j’étais allongée sur le brancard (je reviens sur le sujet urgences juste après), s’est déroulé un épisode aussi étrange que désagréable. La manière qu’a le corps humain de réagir à la douleur et à un fort stress, qui au final donne cette sensation inédite d’être sur le point de clamser. Bon, vous voyez quand vous avez un gros coup de panique, ou que vous êtes sur le point de tomber dans les pommes et que vous avez des picotements dans les doigts ? Bien. J’avais ça au début, évidemment, jusqu’à ce que ça décide de me prendre d’abord au ventre, un peu comme si tout mon bide se transformait en béton, puis les mains, les bras, les jambes, le cou, avec l’impression d’être paralysée. Juste une impression, pour preuve l’infirmier à qui j’ai broyé la main quand je lui beuglais « MAIS JE PEUX PLUS BOUGER LES MAIIIINS ELLES SONT TOUTES RAIIIIDES ».

Juste une impression donc. Comme si le cerveau avait mis en place une stratégie foireuse : « Bon alors heu… Là c’est la merde les gars alors on va tenter un truc pour soulager la douleur, sous les commandes du Capitaine Stress. On va anesthésier tout ce bordel, par contre on va garder la liberté de mouvements, la respiration, le rythme cardiaque, enfin le fonctionnel ne bouge pas, mais on envoie quelques litres d’adrénaline juste pour que la ptiote elle se détente. Elle sentira plus rien ça va la soulager ».

Cher cerveau, tu as vraiment des idées à la con parfois. Parce qu’en réalité, c’est là, et par deux fois tellement c’était la panique de ne plus sentir mon corps, que je me suis dit « ayé, tout est en train de foutre le camps là-dedans, je vais faire un arrêt respiratoire ou cardiaque dans quelques secondes ». Finalement non. Finalement, en me concentrant sur ma respiration comme le personnel des urgences m’a dit, c’est parti. Et la douleur est revenue.

De ce qu’on m’en a dit, c’est le même niveau de douleur qu’un accouchement. Sans la récompense à la fin. Enfin vous évacuez bien un petit calcul reinal, mais c’est pas exactement la même émotion. J’aurais peut-être du lui donner un prénom tout de même… Jean-Eudes?

Le truc assez fou dans tout ça, c’est à quel point on oublie vite la douleur une fois qu’elle est passée. Je suis restée 7h avec, le temps qu’on puisse enfin me traiter sans risque d’empirer les choses, et dans les 30min qui ont suivi, mon soulagement était mélé au fait que je n’arrivais pas à me souvenir à quel point ça m’avait fait mal. C’est sans doute ce qui a du sauver l’espèce humaine remarquez….

Les urgences

Ce n’était pas la 1ère fois que j’allais aux urgences, mais c’est bien la 1ère fois que je passais aussi vite. Il faut dire que m’étant écroulée de douleur sur une chaise en chouinant à peine arrivée, ils se sont bien douté que la réponse à leur question « sur une échelle de 0 à 10 votre douleur est de combien? » serait 12.

J’ai rapidement entendu parler dans les rangs de colique néphrétique. Ne sachant absolument pas sur le moment qu’il s’agissant d’un calcul qui bouchait le passage, et pensant donc à la définition habituelle de la colique, je me suis évidemment dit « génial, ça va être super hygiénique et pas du tout humiliant tout ça! ». Ils m’ont collé une pipette dégueu à garder en bouche 2min avant d’avaler. Je ne sais pas ce que c’était, si c’était censé me détendre, me soulager la douleur ou quoi que ce soit d’autre, mais ça n’a eu aucune espèce d’effet.

Arrivée dans mon box de traitement, peinant à répondre aux questions, j’ai été marquée par le calme de l’équipe. Normal me direz-vous, s’ils ont l’air inquiets ça pue. Mais trop de calme, d’une certaine façon, ça sent mauvais aussi. Et s’ils étaient si calmes qu’ils simulaient leur calme? Parce qu’en vrai je vais décéder ici même? Et pourquoi ma grosse crise de stress et de fausse paralysie leur semble absolument normal, voire les agace ? « Mais non mademoiselle, vos constantes sont bonnes, il faut juste respirer! Mais non vous n’êtes pas paralysée, serrez ma main….voilà….voil…Vous pouvez arrêter de me la broyer maintenant c’est bon! ».

J’ai du être une patiente très pénible. Pendant la 1ère heure, j’avais tellement la trouille  à chaque fois qu’ils me laissaient seule dans mon box qu’au bout de 5min j’appuyais sur le bouton rouge, et en voyant qu’ils n’arrivaient pas dans les 30sec, je me mettais à hurler au secours. Chiante au possible, je me serais détestée.

Dans l’histoire, j’ai tout de même pu tester la morphine, hop, une de moins sur un bucket list! L’infirmière, se souvenant sans doute de ma panique de 2h avant, m’a bien prévenue, comme si elle parlait à une enfant de 4 ans : « Alors, vous allez voir, ça va vous faire tout chaud d’un coup et vous allez avoir la sensation d’être saoule, c’est normal, ne paniquez pas, et laissez-vous aller ». L’argument « sensation d’être saoule » m’a bizarrement rassurée. La chaleur soudaine au départ, comme si on versait un liquide bouillant à l’intérieur de tout votre corps, moyen, mais en même temps on est vite trop stone pour s’en débattre. Cette chère morphine a fait effet environ 20min, c’était déjà ça comme répis.

Ils ont aussi essayé de me faire pisser dans une espèce de bassine. Le truc calé sous les fesses, assise au bord de mon brancard, et la chemise bien remise par-dessus, on y voyait presque que du feu. Au point que quand le médecin (médecine?) bavarde a décidé de venir me faire une échographie, elle a mis une bonne minute avant de me laisser lui dire « heu…j’essaye de faire pipi là…En fait…Voilà…Un peu d’intimité si possible? ». Du coup elle m’a bloqué et j’ai abandonné. J’arrive déjà pas à faire pipi dans la mer, alors dans une bassine…

La délivrance est arrivée après 7h, quand ils ont enfin pu me donner un anti-inflammatoire. En 15min c’était plié, et j’étais déplacée dans le couloir (quand on est dans le couloir, c’est qu’on ne va plus mourir).

Les réactions

Avant cet épisode, je n’avais jamais entendu parlé de colique néphrétique, ou alors je n’y avais pas fait attention. Là, en parler c’est ouvrir la porte à tout un tas de réactions, comme si tout le monde avait une anecdote à ce sujet mais l’avait gardé précieusement jusqu’alors. Mais pourquoi? Non sérieusement, il faut en parler, si c’est quelque chose de si courant, il faut passer le mot pour qu’on puisse au moins se dire que ça peut être ça et qu’on ne va pas crever dans les 2h !

Vous découvrez donc en abordant le sujet que vous connaissez plein de monde qui en a eu, ou qui a un copain/frère/client/père qui en a eu. Les gens vous racontent leur propre expérience, vous découvrez que vous n’êtes pas seul à avoir eu l’impression de mourir, et surtout que ça a l’air tout de même d’être un truc particulièrement masculin. Donc c’est génial, je dois être l’une des rares meufs à avoir hérité de cette daube. Cooly super.

J’ai aussi appris avec bonheur que j’avais des antécédents familiaux sur ce domaine. On pense toujours à prévenir pour les trucs graves genre cancer, problèmes de coeur, etc, mais des reins en mousse, moins. Chers frères et cousins, si vous me lisez….

L’avis du doc

Suite à ça, je suis allée me faire checker chez mon médecin, histoire d’avoir son avis et de l’aide pour cette échographie qu’on m’a prescrite mais pour laquelle il n’y a pas de place avant 3 mois.

Ce dernier m’a fait un magnifique dessin du système urinaire pour bien tout m’expliquer, je suis à deux doigts d’en faire un coloriage souvenir.

Il a ensuite lu en moi comme dans un livre ouvert, limite flippant « Est-ce que vous êtes dans une période de transition, de changement, de stress peut-être? » Hum alors laisse moi refléchiiiir, dans 1 mois et demi je change de ville, de vie perso et pro, je crois bien que oui monsieur ! « Ah, ça joue ». Il a enchaîné par un « Vous avec beaucoup bu ce weekend? ». J’ai noté qu’il ne m’a pas demandé « si » j’avais bu, mais de suite combien. Il faut dire que depuis que je suis allée le voir pour un mal aux hanches après une chute ivre sur un parking en lui disant « je crois que j’ai dansé trop fort, et en plus j’étais bourrée », il a assez bien cerné le personnage. Il m’a alors conseillé d’y aller mollo sur la bière et la bouffe riche. Entre deux périodes de vacances, niquel Michel. Heureusement qu’il y a le Spritz. Quoi c’est pareil?

Pour terminer sur le sujet médecin, mais vous allez voir c’est cocasse, il me prescrit des analyses complémentaires, sang et urines, pour bien vérifier que c’était bien ça et essayer de savoir physiologiquement ce qui a causé le drame. Au laboratoire, on m’a expliqué que l’une des analyses se faisait sur des « urines de 24h ». Je comprends d’abord que pendant 24h, quand j’irai aux WC, il faut que j’en mette un échantillon dans le petit flacon. Salissant mais easy. Puis on me demande si ça va aller vis à vis du boulot, si ça va pas être génant. Non, je ne vois pas pourquoi, c’est bon, je vais aux toilettes avec le petit flacon caché dans ma poche ou je ne sais où et basta. J’ai quand même eu un doute quand l’infirmière m’a précisé « s’il n’y en a pas assez, vous pouvez mettre dans une bouteille, mais surtout il nous faut bien TOUT ». J’ai mieux compris ses insinuations quand on m’a sorti le pot de 2L. Moi qui ne voulais pas pisser dans une bassine aux urgences. Bonheur absolu. Hashtag grosse grosse ironie.

La conclusion de tout ça, parce que c’est bien beau de vous parler de mes aventures urinaires, mais il y a quand même une morale à l’histoire (dis-je avec l’index levé), c’est que je crois profondément que notre corps est là pour nous donner des avertissements. Il a envie qu’on prenne soin de lui, physiquement d’abord, en évitant trop d’excès, même pendant les vacances, même quand il fait chaud et que la bière c’est tellement bon. Et même psychologiquement, parce que tout ce stress, toutes les interrogations, tous ces blocages, ne sont pas si détachés du corps que ce qu’on voudrait croire. Au contraire, il les prend en pleine face, il les encaisse, et vient à un moment où il pousse sa gueulante. Et pour ma part, celle-ci était suffisament violente pour me faire prendre rapidement des décisions importantes, mais nécessaires. Et lever un peu le pied sur la bière.

Comme l’a dit (peut-être) Beyoncé : take care of yourself, take care of your body.

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