Comment survivre à 11h de route de vacances, seule, sans se mettre en position foetale sur la bande d’arrêt d’urgence

Alors pour démarrer, je suis quand même sympa, je vais illustrer ce billet avec les photos de mes vacances sur la Côte d’Azur alors que j’aurais pu vous coller des images d’autoroute. Mais d’une, ça fait pas rêver, et de deux, c’est dangereux de prendre des photos en conduisant.

Vous l’aurez compris, j’ai passé une journée entière sur la route pour aller en vacances, un bon petit Poitiers-Fréjus des familles, et puisque j’en suis sortie vivante, ça veut dire que tout le monde peut. Mais attention hein, j’ai bien dit « seule ». Pas en famille, pas en co-voiturage, pas en duo, mais bien quand comme moi vous êtes associal du volant, sans enfant et sans ami sous la main pour partager votre périple.

Préparation du véhicule

J’ai vu tellement de gens en panne entre l’aller et le retour que j’insiste sur un point : faites vérifier votre bagnole avant. Tout, la révision, les pneus, les freins, les liquides divers et variés, comptez 400 balles de plus sur votre budget vacances s’il faut, mais croyez moi quand je vous dis que la tronche des gens sur le bord de la route le capot ouvert sentaient le plus profond des dépits.

En cette période estivale, faites aussi vérifier votre climatisation. Et si comme moi le mec du garage vous dit « alors y’a une fuite mais on ne sait pas où, on a mis une demi-charge et si vous voyez qu’il y en a plus trop rapidement revenez nous voir on a mis une sonde », demandez une charge complète. Parce que perso la demi-charge a bien fait l’aller, mais j’ai fait un retour-sauna, en roulant à 110km/h grand max histoire de pouvoir laisser les fenètres ouvertes sans trop mettre en péril mes tympans.

Côté bagages, réfléchissez avant d’en coller dans le coffre et sur le siège passager, à ce dont vous aurez besoin sur la route. Par exemple, si vous avez décidé de vous remettre un petit coup de déo et de mascara juste avant d’arriver, sur le bord de la route, et que tout ça est au fond du sac qui lui même est au fond du coffre, vous allez vous rajouter des soucis.

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Le matériel de voyage

Assurez-vous d’avoir de quoi écouter de la musique. Quelques CD ou MP3 seront les bienvenus, parce qu’avec autant de route, les stations de radios qui changent tout le temps c’est vite relou. Si comme moi votre autoradio vous demande le code depuis que la batterie a été changée et que le-dit code est derrière l’autoradio, ce qui nécessite de le démonter avec un tout petit tournevis que vous n’avez évidemment pas, investissez dans une petite enceinte bluetooth. Vous en aurez pour 30 balles et ça vous évitera de devenir chèvre. Ou dans un tournevis si vous êtes moins con que moi.

Côté GPS, l’application Waze sera évidemment votre alliée, surtout en cas de bouchons. Grâce à elle, j’ai notamment visité la zone commerciale de Montélimar, j’ai pas vu un bout de nougat et c’était laid, mais maintenant au moins je peux en juger en connaissance de cause. En revanche, l’appli bouffant la batterie à vitesse express, quand elle vous indique 110km tout droit, vous pouvez l’éteindre, sauf si vous comptez rouler à 150km et éviter les flashs. Ah mais non, impossible : le monde sur la route vous empêchera probablement de dépasser le 100km/h.

Enfin, n’oubliez pas votre adaptateur de chargeur. Croyez-moi, j’ai fait il y a quelques années un voyage aussi long, plus de batterie au bout de 2h, il m’en restait 8, en arrivant sans avoir pu donner de nouvelles tout ce temps, on avait déjà organisé mes obsèques. C’est aussi ce jour là que j’ai réalisé que les cabines téléphoniques qui restent ne fonctionnent plus.

Gérer le physique

Oui, c’est fatiguant. Oui, vous allez être crevé. Oui, vous allez avoir l’impression d’être au bord de la crampe de la cheville si vous n’avez pas de régulateur de vitesse. Oui, vous allez probablement vous demander si ce n’est pas dangereux de rester aussi longtemps en position assise avant de vous souvenir que vous y arrivez parfaitement en position allongée dans votre pieu le weekend.

Pour s’en sortir physiquement, je ne lésigne pas sur les pauses : environ toutes les 2h, avant de ne plus en pouvoir. Parce que c’est toujours quand vous n’en pouvez plus que la prochaine aire est à 40km et qu’elle ne propose même pas de café, juste des WC à nettoyage automatique. Et s’il vous vient le besoin de vous arrêter après moins de 2h, faites le. Pour rappel, vous n’avez personne pour prendre le relai, et même s’il ne vous reste que 30min de route, ça ne coûte pas grand chose. Il vous suffit d’intégrer les pauses dans votre timing. De toute façon prévoyez pas défaut 4h de marge pour les bouchons, vous êtes pas à 10min près.

Prévoyez des victuailles aussi : eau, compotes en gourde, gâteaux, une gamelle pour le midi (sauf si vous avez envie de payer cher pour un sandwich Sodebo)… Même si vous êtes au régime, personne ne vous jugera, sur la route, ça compte pas ! Et en cas de coup de fatigue, un petit quelque chose sucré peut vous rebooster.

Et puis niveau tenue, soyez prévoyant : tout le monde s’en tape que vous soyez en semi-pyjama, même sur l’aire d’autoroute. Soyez confort, et même l’été évitez la jupe parce que les cuisses transpirantes qui se frottent c’est pas la joie. Si vous devez arriver mieux habillé, prévoyez une pause changement de fringue avant l’arrivée, tout simplement. Il y a fort à parier de toute façon qu’une douche soit obligatoire.

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Les autres

Malheureusement, vous ne serez pas seul sur la route. Alors je ne parle même pas des bouchons,  tout le monde sait que c’est long et chiant, rien à ajouter.

Parlons plutôt des camions. Si vous êtes une nana, vous allez lever les yeux au ciel au moins 15 fois, à chaque fois que l’un d’entre eux vous klaxonnera ou vous fera des appels de phares quand vous le doublez parce qu’il a vu du haut de son perchoir que vous étiez une fille, seule. Et que peut-être, excitée par cette flatterie, vous allez lui faire signe via warnings de s’arrêter à la prochaine aire pour le remercier physiquement. Au passage, j’ai mis des années à comprendre que non, on ne me klaxonnait pas parce que ma voiture avait un soucis. J’ai économisé plein de pauses-vérification depuis… Au-delà de cette délicate marque d’attention dont font preuve les routiers, peut-on parler de ceux qui doublent pendant 8 ans et demi, se déboitant à 5m devant vous parce qu’après tout, hey!, au pire ils auront juste une mort sur la conscience mais eux devraient s’en sortir seulement avec une légère contusion ? Après 5h d’autoroute, j’ai fini par me coller à 90km/h sur la voie de droite dès que j’en voyais un doubler. Au moins je n’étais pas dans cette situation ultra stressante d’être coincée entre un camion mou et une barrière. Non, je ne suis pas du tout stressée de la route. Non. (Si.)

Ah et aussi, peut-on aborder le sujet des remorques et des camions qui transportent des choses qui ont l’air les plus mal accrochées du monde ? Par exemple des grandes palettes de bois dirigées vers vous, ou des gros bouts de tuyaux en bétons qui tiennent par une vieille sangle? IN-SE-CU-RI-SANT.

Je passerai rapidement sur les idiots qui oublient leur angle mort. Quand on y pense, ça prend environ…1/2 seconde. Comment peut-on avoir la flemme de le faire, alors qu’on nous a tellement emmerdé avec ça au permis ? Certes, ça m’a permis de réviser mon lexique d’injures, mais quand même.

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Le temps

La journée sur la route. La journée entièèèèère sur la route. 6h30/17h30. Je vous jure que ça vous permet de faire une certaine analyse de la notion du temps.

Alors au début ça passe assez vite. Vous avez un peu la tête dans le cul, vous connaissez encore les alentours, vous avez vos repères, et vous vous dites que de toute façon vous n’avez pas fini. Etrangement, ça peut durer toute la 1ère partie du voyage et vous vous dites même que finalement, ça passe relativement vite. Erreur. La 2nde partie arrive. Et là, vous allez avoir de vieux relans de collège, quand vous trouviez étrange comme la pause déjeuner semblait passer 7 fois plus vite que le même temps en cours de maths. Les 5h les plus longues de votre vie sont là. Et plus vous avancez, et plus le temps passe lentement. Perso j’ai fini par coller mon enceinte devant l’heure et par couper Waze qui me disait le temps restant. J’en avais assez de regarder le cadran toutes les 10min et que seulement 2min soient passées.

Du coup, il faut développer des astuces pour passer le temps. Si vous avez un kit bluetooth vous pouvez toujours passer des coups de fils. Si comme moi vous partez en pleine semaine quand tout le monde est encore au boulot en revanche… Alors j’ai développé des tactiques : me concentrer sur ma playlist en chantant absolument tout, me parler à moi même pour trouver des réponses à mes questions existentielles, répéter des discussions que je vais avoir par la suite avec différentes personnes. Ne me jugez pas, vous le faites aussi.

Et puis j’ai décidé aussi d’aborder mon voyage non pas comme un périple de 11h mais comme plusieurs de 2h. C’est à dire qu’à chaque fois que je prenais la route je me disais « seulement 2h avant la pause ». En dehors de la dernière ligne droite, ça a relativement bien fonctionné. L’objectif est moins haut à atteindre, et le temps, plus découpé, fait moins peur.

Et quand vraiment c’était difficile, il m’a fallu relativiser et comparer. Après tout, c’est à peine plus qu’une journée de boulot. Après tout j’ai attendu plus longtemps que ça dans des files de concert (#Groupie). Après tout, c’est aussi long qu’un gros dodo. Et au final, le temps, lui, ne peut que passer et aller de l’avant pour nous approcher du but.

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Garder la motivation

Au final, il y a une chose qui m’a vraiment permis de tenir, c’était la motivation d’arriver. Les vacances. La Côte d’Azur. Retrouver l’homme que j’aime. Ne plus penser au boulot pendant quelques jours. Découvrir une région que je ne connaissais pas. Prendre du bon temps. Chaque moment de lassitude sur la route a pu être contré en me rappelant pourquoi je le faisais.

Et j’ai profité des paysages aussi. Evidemment, selon la route que vous prenez, ça peut varier, mais à chaque occasion de m’émerveiller d’un joli lieu, je ne me suis pas privée. La route en est plus douce.

La solitude a du bon aussi. Je parlais au-dessus de reflexion, et conduire seul est une bonne occasion pour ça : on peut difficilement être distrait par autre chose.

La perspective de l’arrivée, se dire que ce n’est que quelques heures à passer et que ça ne durera pas est salvateur aussi. Je ne suis pas mère, mais j’ai beaucoup pensé à toutes celles qui le sont et qui en parlant de leur accouchement m’ont dit « c’était dur mais je le referait parce que ça en vaut la peine ». Oui, je sais, c’est gonflé de comparer un voyage pour des vacances à un accouchement, mais le principe est un peu le même : c’est un mauvais moment à passer, pour quelque chose de positif, et qu’on de regrette absolument pas.

 

Le plus délicieux dans tout ça, c’est que 5min après être arrivée, c’était oublié. Et pour ce que j’y ai gagné, j’aurais aisément pu faire le triple que ça en aurait quand même valu la peine.

Soyez prudents, et profitez !

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